dimanche, 18 août 2019

Patrimoine et Pedagogie

Collège Saint-Michel de Gosselies

03 SEANCE ACADEMIQUE (OCT-2005)

Le Collège Saint-Michel a été fondé en 1955, par les Pères Assomptionnistes dont la Congrégation fut instituée en 1845 à Nismes (France) par Emmanuel d'Alzon (1810-1880). Voir aussi ici (site assomptionniste)

Séance académique inaugurale, les orateurs

OCTOBRE 2005

 Père Jean-Marie Denis, ancien professeur et président du Pouvoir Organisateur:

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- Le Baron et La Baronne Drion du Chapois
- La Comtesse de Broqueville, le Comte de Broqueville
- Mmes et Mrs les Membres de la Famille du Père Lafontaine
- Mmes et Mrs les Membres de la Famille Demanet
- Monsieur le Vicaire Episcopal
- Révérend Père Arnold Castro, Supérieur Provincial des Religieux de l’Assomption
- Mrs les Représentants de la ville de Charleroi
- Mmes et Mrs les Députés
- Mmes et Mrs les représentants du SEGEC
- Révérends Pères et Frères de L’Assomption
- Révérendes Sœurs de la Providence
- Mmes et Mrs les Membres du Pouvoir Organisateur
- Mmes et Mrs les Directeurs et Directeurs adjoints
- Mmes et Mrs les anciens membres du personnel
- Mmes et Mrs les anciens élèves et membres des différents comités des anciens
- Mmes et Mrs les membres du Personnels
- Chers Elèves
- Mmes et Mrs les Parents et Membres des différentes associations
- Chers amis

Soyez tous les bienvenus en cette après-midi jubilaire au cours de laquelle le Collège Saint-Michel, qui fête son cinquantième anniversaire, est heureux de vous accueillir.

Bienvenue parmi nous .....

Toute famille a des racines, une histoire, des aînés, un aïeul. C'est son patrimoine qui marque son identité. Sensible aux grandes causes de Dieu et de l'homme, Emmanuel d'Alzon, le fondateur des religieux de l'Assomption, s'est entouré, dès le début de sa vie active dans le diocèse de Nîmes, d'hommes et de femmes capables de répondre avec lui aux besoins de la société, afin que le règne de Dieu advienne; d'où sa devise: « Adveniat regnum tuum ». Sa petite famille, il la voulait moderne, enracinée dans la tradition et animée d'un amour indéfectible pour le Christ. Pour lui, l'enseignement était un des moyens les plus puissants de fidélité à ses intuitions initiales et à sa devise (1). C'est ce qui nous vaut d'être rassemblés en cet après-midi.

Pour le Père d'Alzon, la mission de l'éducateur consiste à aider l'élève à épanouir le mieux possible sa personnalité, son caractère, son intelligence et son coeur, afin qu'il acquière un sentiment du devoir, de loyauté, de franchise, de désintéressement et un esprit surnaturel (2)en recherchant sans cesse la vérité. Et pour y parvenir quel modèle plus parfait à proposer aux élèves que Jésus-Christ lui-même ?

En effet, comment le jeune qui aurait appris à l'aimer, à modeler sa personnalité sur la sienne, à voir dans les autres un prochain en Jésus-Christ, ne serait-il pas désireux de partager leurs joies et leurs peines, de soulager leurs souffrances, enfin, de travailler à l'avènement d'une société respectant les exigences de justice et d'amour ?

De même, comment l'éducateur, conscient de ses responsabilités, n'aurait-il pas à coeur de préparer les jeunes qui lui sont confiés à exercer ce rôle social ? Et cela, non seulement par des exposés théoriques, mais par l'exemple, de manière à leur faire découvrir les réalités sociales, les besoins et les souffrances de leurs semblables et, davantage encore, des plus défavorisés.

Aussi, je vous invite à relire le projet éducatif de nos collèges. Vous y découvrirez en filigrane cet «Esprit» qui se veut fidèle à nos origines et ouvert aux aspirations légitimes de nos contemporains.

Dans la foulée des festivités du 50ème anniversaire de notre collège, la communauté éducative se devait de célébrer l'événement d'une manière originale. Le demi-siècle du collège Saint-Michel allait en donner l'occasion. Au-delà du verre de l'amitié qui ponctue toute manifestation festive, il est apparu judicieux d'évoquer l'enseignement tant dans la tradition de l'Assomption que dans ce qui fait notre situation au sein de notre Communauté française. C'est pourquoi je remercie d'avance les intervenants de cet après-midi.

Père Jean-Marie Denis

Le 1er octobre 2005


Monsieur Jean Vangeel, 1er élève inscrit au Collège et ancien rhétoricien 1961: 

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50e anniversaire
Collège Saint-Michel

Gosselies, le 1er octobre 2005

Mesdames, Messieurs,

Si vous le permettez, je vous propose un petit retour dans le temps...

Nous sommes le 25 avril 1955... Il y a 50 ans et quelques mois!

Au domicile de mes parents, se présentent 3 assomptionistes: le Père Georges Lafontaine, le Père Marius Tallier, tous deux malheureusement décédés, et le Père Fernand Ledoux.

A ces trois personnes, je tiens à rendre un hommage tout personnel. Ils ont marqué une période de mon adolescence et leur souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire.

En fin de soirée de ce 25 avril 55, il est donc décidé de m'inscrire au nouveau collège qui va ouvrir ses portes au domaine du Chapois à Gosselies. La bonne décision prise par mes parents ce jour-là m'accordera le privilège de voir mon nom figurer sur la première ligne de la liste des inscrits et surtout me permettra de passer six années de ma vie au collège Saint-Michel, années qui ne me laisseront que des bons souvenirs: parties de rigolade avec les copains, petites colères (justifiées, il faut l'avouer) de nos professeurs, mauvais coups de vilains garnements que nous pouvions être parfois, grosse transpiration à certains examens, succès sur les terrains de sport... je revois encore notre tête quand, pour la première fois, nous avons vu le père Tallier, et quelques collègues, abandonner leur longue soutane noire et austère pour apparaître en culotte courte et tenue de footballeur.

Les débuts, certes,ne furent pas toujours faciles, nos professeurs étant très exigeants; l'homologation des diplômes était en jeu! Le niveau des études était assez élevé. et la sélection impitoyable: sur les 33 élèves inscrits en 6ème latine la première année, 3 seulement réussiront leur rhétorique au bout du cycle de 6 ans. Mais cela s'est toujours passé dans la meilleure des ambiances et nous en avons récolté les fruits par la suite. Des liens très forts se sont spontanément créés entre les élèves et les enseignants. Si notre vie ne fut pas toujours aisée, celle des pères le fut encore beaucoup moins: des bâtiments pas toujours bien adaptés, des inspecteurs très regardants, la nécessité permanente de s'adapter à la croissance du collège, des moyens financiers très limités (je ne suis d'ailleurs pas sûr que les religieux mangeaient chaque jour à leur faim)... bref, des difficultés omniprésentes qui furent balayées par la volonté, le courage, la détermination, l'obstination de tous ces pionniers.

C'est à eux et à tous ceux qui les ont suivis, que votre serviteur et des milliers de jeunes doivent d'avoir reçu une formation complète qui leur aura permis de réussir des études supérieures ou universitaires les menant à réaliser une carrière professionnelle valable, voire brillante. Mais en plus de ce bagage intellectuel, nous avons également été imprégnés des valeurs morales indispensables pour réussir notre vie d'homme, ce qui me paraît tout aussi important.

Je terminerai en vous disant que c'est pour moi un réel plaisir et un grand honneur de pouvoir passer la parole à l'un des fondateurs de notre collège Saint-Michel, dont il est devenu la mémoire vivante, le Révérend Pére Fernand Ledoux.

Jean Vangeel


Père Fernand Ledoux, ancien professeur et ancien directeur: 

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vidéo (80Mo): clic!

Séance académique,
Ouverture du Jubilé du Collège: 1955-2005.
Fernand Ledoux
01.10.05.

Saint-Michel, jeune cinquantenaire

Mesdames, Messieurs,

Il y a 25 ans, devenue millénaire, notre ville de Gosselies était proclamée jeune par un de nos professeurs (professeur en histoire, Jean Lefevre). A ce moment-là, le collège avait encore à mûrir pendant 25 ans.

Un jubilé (50) se fête donc aujourd'hui dans le cadre d'une Belgique âgée de 175 ans, après 25 ans de fédéralisme. La sagesse demanderait de relativiser, d'évaluer les proportions. Et pourtant, venir d'un passé si proche encore, appartenir à un présent porteur d'un avenir encore mystérieux, exister, tout simplement, et bien tout cela nous autorise à joindre notre voix au concert des célébrations les plus jubilantes, qu'elles soient officielles ou bien qu'elles s'inscrivent dans la famille des Assomptionnistes.

Je pense à Bure qui, voici 5 ans, célébrait 100 ans de présence, non loin de st-Hubert; à Zepperen, près de St-Trond, le Collège qui cette année va aussi célébrer ses 100 ans de présence; et je pense au Collège de Kapellen-op-den-Bos (Nord de Bruxelles) qui a été fondé par les Assomptionnistes de la Flandre; et de même, je pense au Collège de Bogota qui fête, comme nous, ses 50 ans et dont la cérémonie académique sera célébrée demain.

J'espère que je n'ai oublié personne.

***

Si la parole, je dois dire cela d'emblée, m'est donnée aujourd'hui, c'est sans doute au titre de survivant (je n'ose pas dire de rescapé ?).

Des voix plus autorisées que la mienne devraient ici se faire entendre.

Pour moi, je préférerais respecter, je vous le dis tout de suite, de longues minutes de recueillement pour faire mémoire de celles et de ceux qui appartiennent déjà au monde de l'invisible et du silence.

Parler en lieu et place de tant de confrères en allés, parfois prématurément, de professeurs et d'élèves trop tôt disparus, ça invite à la modestie. Mais faire mémoire d'eux, oui, c'est le premier devoir, c'est l'expression de notre reconnaissance dans la fidélité.

Tous ne seront pas cités à l'ordre du jour, comme on disait en langage militaire. Mais chacun pourra se reconnaître dans les personnes qu'on évoquera. Pensez bien que cela n'a rien à voir avec un hit-parade de circonstance.

Puisque aujourd'hui "Rénové" il y a, on m'autorisera à faire un peu d'étude du Milieu humain. Sans vouloir être rétro à tout prix, je n'hésite cependant pas à remonter jusqu'à l'année 1903.

Qu'on se rassure, je ne dirai pas tout.

***

En 1903, les lois anticléricales du ministère Combes ont chassé de France l'ensemble des Instituts religieux: plus de 20.000 personnes furent contraintes à l'exil (c'est loin tout cela!), tandis que leurs biens étaient saisis, purement confisqués.

Le ministère précédent, celui de Waldeck-Rousseau, avait commencé par dissoudre la Congrégation des religieux assomptionnistes. Celle-ci, tout naturellement, songea à s'établir d'abord en Espagne, en Italie et en Belgique.

Dès 1902, un religieux, le Père Pruvost, un Français du Nord, parcourt la région de Charleroi, à la recherche d'un endroit où fixer une communauté.

Il est entré en rapport avec Dom Grégoire, abbé de Maredsous et avec Dom Berlière, enfant de Gosselies, qui l'ont orienté vers le Prieuré de Sart-lez-Moines.

A Gosselies même, le doyen Cambier et la famille Drion du Chapois, amie de Dom Berlière, assistent de leur mieux les exilés.

[dans les notes du Père Ledoux mais non dit: C'est parce qu'il est entré en rapport avec Dom Grégoire de Maredsous, qu'il est orienté vers Sart-les-Moines. Un jeune bénédiction de la même abbaye, originaire de Gosseelies, connaissait bien le vieux moutier. Son nom Ursmer Berlière, deviendra celui d'un érudit en matière d'histoire ecclésiastique et monastique. Son œuvre principale reste le "Monasticon belge"; un de ses articles avait été consacré au passé de cette maison religieuse sise sur les rives du Piéton.

Avec son ami le baron Adolphe Drion du Chapois, avec le doyen Cambier, il fut de ceux qui assistèrent de leur mieux les proscrits.]

Dès le 22 juin 1903, ceux-ci, les Religieux, devinrent propriétaires de ce couvent qui avait été fondé par l'abbaye de Liessies et qui constitue, avec le vieux Moulin de la Ferté, un beau témoin du passé gosselien.

[dans les notes du Père Ledoux mais non dit: à la demande de Pétronille de Rancy, épouse de Raoul de Viesville (vers 1110). Celui-ci avait fait construire, à la fin du XIè siècle, une maison forte (carrée). La tour actuelle s'élève au même endroit, dans Gosselies. Soit dit en passant, le moulin de la Ferté (ce qu'il en reste), dépendant du Prieuré avant la Révolution, constitue avec celui-ci unbeau témoignage du passé Gosselien.]

En son état actuel, qui date de 1732, le Prieuré avait été vendu comme bien national en 1797 et de propriétaire en propriétaire il ira se dégradant jusqu'en 1903. Ainsi, de cette même France qui avait fait sa perte, viendra le salut, enfin au moins pour un demi-siècle…

Le 03 octobre 1903, arrivent dans les murs du Prieuré le Père Pruvost et le Père Chabant. Le 4, ce second Père viendra célébrer la messe dans la chapelle du château.

[dans les notes du Père Ledoux mais non dit:Détail qui nous plaît: le lendemain, le Père Chabant célébrait la messe, ici, dans la chapelle du Château.]

Inspirés par les visions apostoliques de leur fondateur, les Assomptionnistes ont fait au Prieuré une école secondaire réservée aux jeunes qui aspirent au sacerdoce et en même temps avec des sections pour des vocations, disons, relativement tardives.

C'est sous la protection du saint du lieu, saint-Michel, que tout cela est instauré. Et la chapelle dédiée à l'Archange est rendue bientôt au culte.

En 50 ans, le Prieuré pour sa part donna 301 prêtres au clergé diocésain ou à diverses Congrégations religieuses… Car les fondateurs ne prétendaient à aucune exclusivité. Chacun se déterminait librement au sortir du Secondaire.

Voilà ce que fut le rôle spécifique du Prieuré rendu pour un temps à sa destination religieuse et qui fait partie des engagements divers développés dans une Congrégation qui peut "se flatter" d'avoir restauré, par exemple, les grands pèlerinages: Lourdes bien sûr, Rome, Terre sainte…

Nous avons même eu des bateaux qui faisaient la navette de Marseille à Haïfa. On ne sait plus tout ça !

Congrégation qui a pu diriger des Collèges, qui a été pionnière dans l'oécuménisme, dans la presse quotidienne ou hebdomadaire, comme dans la diffusion de nouveaux médias si j'ose dire, des conférences, des documentaires avec diapos, des films muets que tant de salles paroissiales ont projetés jusqu'à l'arrivée du « parlant ». Ce fut la mort du muet.

[non dit:Les pèlerins ralliaient les Lieux Saints avec un de leurs bateaux (l'"Etoile") assurant la liaison Marseille-Haïfa. (Aujourd'hui, n'importe quelle agence de voyage peut proposer de telle destinations…).

D'aucuns se souviennent aussi qu'ils furent des pionniers dans l'œcuménisme, se livrant à la recherche, publiant dans leur revue "Les Echos d'Orient" devenue "Etudes byzantines"…

Pionniers aussi dans la presse, quotidienne ou hebdomadaire, toujours bien vivante après plusde 120 et 130 années d'existence.

Pionniers encore dans la diffusion d'une autre sorte de "médias", d'une époque lointaine: documentaires avec diapos pour conférences (ancêtres d'exploration du monde, avant 1914!). sans oublier les films de l'époque du muet que tant de salles paroissiales projetèrent jusqu'à l'arrivée du « parlant ».]

***

Oui, cette institution réservée aux vocations déclarées fonctionna pendant cinquante ans.

Mais en 1953, les expropriations d'une partie de cette propriété pour faire de la voie d'eau Charleroi - Bruxelles un canal à grande section, et la proximité aussi d'une industrie en pleine expansion forcèrent les Assomptionnistes belges à faire mouvement vers Gosselies, vers un ailleurs qui, contre toute attente, fut le Chapois.

Un peu en retrait d'une agglomération industrieuse, enveloppé d'arbres, bordé de prés, avec la lumière et le silence de son étang, le Chapois pouvait offrir aux rêveurs (s'ils fermaient un peu les yeux), comme aux amoureux du recueillement, un calme apaisant comme un coin de Sologne… Là, j'exagère !

Il nous reste, de 1837, un dessin rehaussé qui montre un projet d'embellissement des lieux, c'est-à-dire "La Campagne" de Monsieur Drion du Chapois. Je l'ai relu ces jours-ci, au bas du dessin rehaussé.

Et la paix dont je parle a été troublée un moment, d'aucuns s'en souviendront, par les "Hunter", ces avions de chasse qui déchiraient le ciel avec fracas et qui faisaient oublier naturellement les "Tipsys" minuscules et bourdonnants d'avant-guerre, ces « poux du ciel » qui dessinaient de lentes cabrioles dans l'azur au-dessus de Gosselies.

Et bientôt, ce domaine se trouverait en bordure d'un axe routier pour être relié lui-même à cette grande voie qu'en 1938 Jean Dusieusart voyait traverser la "Wallonie" de Cologne à Dunkerke, avec toutes les ramifications connues aujourd'hui en Occident.

[non dit (cf. L'article de "la revue catholique des Idées et des faits" – 1938).]

Si je me bornais à de tels raccourcis, vous auriez le sentiment d'une furieuse accélération de l'Histoire. Mais je ne vais pas mettre trop de ralentis, ce ne serait pas de mise.

***

A cinquante ans de distance, en 1953, c'est la même famille Drion du Chapois qui nous accueillait alors que pareille issue n'était postulée d'aucune manière par les religieux tenus de renoncer au Prieuré.

C'est que le baron Michel Drion du Chapois et Madame avaient été intéressés par les projets apostoliques de la Congrégation, lesquels leur avaient été exposés par le tout jeune assomptionniste de Gosselies, le Père Charles Bauduin, de sa propre initiative. Il n'avait reçu de mandat de personne, mais il n'en a jamais été blâmé que je sache.

A la faveur des rencontres, les châtelains en vinrent progressivement à envisager l'établissement d'une communauté religieuse sur le site même du Chapois.

Au regard du supérieur Provincial de l'époque, le cadre paraissait idéal pour le transfert d'un noviciat. Néanmoins ce fut une école apostolique qui vit le jour, destinée qu'elle était à assurer, en quelque sorte, la survie du Prieuré, avec l'agrément bien sûr, du maître des lieux.

En se dessaisissant, quelques temps plus tard, de ce domaine familial, les Drion du Chapois (leur branche gosselienne occupait les lieux depuis 1797) consentaient à une mutation profonde: ce qui avait été pour plusieurs générations d'entre eux le centre fécond d'engagements variés dans l'économie régionale par exemple, comme dans les charges publiques, allait ouvrir des perspectives inattendues.

***

L'Abbé Gilles, doyen de Gosselies, suivait de près toutes ces mutations dont nous l'informions. Pour sa part, il en venait à penser que l'ère des écoles apostoliques touchait à sa fin. Il hâtait un peu le mouvement du temps. Analysant la situation locale, il en concluait qu'un Collège, en ces lieux, rendrait d'éminents services.

Il s'en ouvrit au chanoine Herman, inspecteur de l'Enseignement diocésain, qui se trouvait chez son frère, pour quelques jours, ici à Gosselies. Il était, le chanoine Herman, en train de lire la biographie du fondateur de l'Assomption, le Père Emmanuel d'Alzon.

Surprise du lecteur de découvrir que non seulement la Congrégation avait pris naissance à Nîmes (Gard) dans un collège, mais qu'elle inscrivait alors déjà l'enseignement dans ses activités apostoliques.

C'est ainsi que fut déclenchée ce qu'on pourrait appeler l'"Opération - Collège". C'est ainsi -j'abrège- qu'en une même démarche, le Père Provincial d'abord, l'inspecteur Herman, Monsieur Gilles, doyen de Gosselies, Monsieur Romedenne, doyen de Jumet, soumirent le projet à Monseigneur Himmer, [évêque du diocèse de Tournai.]

Après examen de l'"Affaire", notre évêque donna son agrément.

[non dit:En ce temps-là, les collèges étaient surtout diocésains, exceptions faites pour des Institutions très anciennes comme les Frères des Ecoles Chrétiennes, les Jésuites, quelques Congrégations féminines…).

***

On pensa que le collège s'ouvrirait en 1954 mais des incidences financières et des inquiétudes manifestées de divers côtés amenèrent le Père Provincial à réfléchir encore: il fut bien près de revenir sur sa décision. Rétrospectivement, on le comprend sans peine.

C'est dans cet intervalle précisément, 1954-1955, que la détermination têtue du Père Lafontaine surmonta tous les obstacles. Il faut dire que ses confrères présents à ses côtés formaient avec lui une équipe bien soudée: ils ne formaient qu'un seul coeur et une seule âme et ils regardaient dans la même direction.

Avec une patience désarmante, une constance irréductible bien que feutrée, le Père Lafontaine fit taire les pusillanimes, les trop raisonnables, voire les sceptiques, ralliant tous ceux que pareille entreprise déroutait.

Finalement, en décembre 1954, le Père Provincial confirmait le projet: un Collège s'ouvrirait au Chapois avec une Préparatoire et une 6è Latine.

Or, en septembre 1955, quand tout commença, ce fut avec une préparatoire, une 6e latine et une 6è Moderne. Car, sur les instances amicales des Frères des Ecoles Chrétiennes qui nous promirent leur concours, humanités anciennes et humanités modernes se développeraient parallèlement.

Il nous plaît d'accorder une mention spéciale à ces associés des commencements.

En 1955, après avoir célébré les cent ans de leur présence à Gosselies -on se souvient de ce long cortège avec musiques et costumes…-, les Frères des écoles chrétiennes se disposaient à se replier sur quelques grands établissements. On le conçoit sans peine. Mais leurs supérieurs revinrent sur une décision déjà prise parce que l'ouverture d'un Collège se décida quelques mois plus tôt. Ils y voyaient, pour les parents qui le souhaiteraient, le secondaire comme un au-delà de leur primaire dans l'enseignement libre. D'où nos liens privilégiés avec l'école de la place Bertaux. Et, comme promis, un fils de saint Jean-Baptiste de la Salle fit partie du petite noyau des professeurs religieux pendant trois ans. Il n'y avait pas de laïcs. Nous n'avions pas été en mesure d'en engager un.

[non dit:Plus tard, bien plus tard, notre Préparatoire deviendra 6è primaire avec M. Rinchard et deviendra la première implantation de l'école Saint-Joseph en nos murs. Pareille ment, nos voisines, les Sœurs de la Providence saluaient avec amitié une entreprise qui ne demandait qu'à être encouragée.

Elles se souviennent comme nous qu'ensemble dans les années soixante-dix, nous avons constitué le C.E.G, le "Centre d'Enseignement de Gosselies" dans le souci d'une assistance mutuelle à divers niveaux.

Nous ne pouvons oublier non plus les marques de confiance que nous témoignèrent le Père Cardol et le Père Laurent, recteurs du Collège du Sacré-Cœur de Charleroi, en ce temps-là.]

***

Le 15 septembre 1955, les 66 élèves inscrits fondaient eux aussi, à leur manière, le Collège Saint-Michel.

[non dit: Celui-ci reprenait le patronyme du Prieuré et, en même temps, celui du Baron Drion du Chapois.]

Détail intéressant pour la chronique et pour l'honneur des Gosseliens, le premier élève à figurer au registre était un enfant de la localité: Jean Vangeel. [Une inscription suivie de beaucoup d'autres, Dieu merci.]

Le Père Lafontaine, dans ses notes d'archives, indique la composition du corps professoral:

Titulaire de Préparatoire: le Père Brix

Titulaire de 6è moderne: le Frère Marcellin

Titulaire de la 6è latine: le Père Ledoux

Préfet spirituel: le Père Charles Bauduin

Le Père Tallier, qui arrivait tout droit de Louvain avec une licence en germaniques, se voit gratifié tout naturellement du titre de Préfet des Etudes.

D'autres collègues et confrères rejoindront successivement le Collège. On peut encore en dénombrer aujoud'hui mais beaucoup sont morts.

Sortons de l'ombre, par exemple: le Père Willem, économe, assisté des frères Etienne, Raymond et Xavier. Nul d'entre nous ne calculait les heures supplémentaires, croyez-moi. C'était un groupe de jeunes, après tout. Ils ne pensaient pas à leurs vieux jours, c'est aussi simple que ça, et qui n'ont connu, en ce temps-là, que le contraire du "scandaleusement riche". (Mais là je force un peu ? Je trouve).

[non dit:mais, tout de même si des fournisseurs ne nous avaient pas fait crédit… et, si les lapins n'avaient pas été aussi nombreux dans le parc…)

Je cite le Père Lafontaine:

« C'était un succès quand-même pour un départ. D'autant que cette année-là, avait été votée une loi qui cherchait à juguler l'enseignement libre. De par cette loi, nous le savions, nous aurions à vivre, trois années durant, sans subside aucun! L'audace ne manquait pas, l'abandon à la Providence divine nous soutenait et nous poussait en avant. »

Pour rappel: c'était avant le pacte scolaire…

Cette marche en avant, je me borne à la suggérer. Des archives et diverses publications en décrivent les étapes par le menu. Il fallut refaire tout le parcours, en décrire les courbes les plus remarquables, les sommets les plus évidents.

Je trahirais le Père Lafontaine si je ne faisais pas référence à des témoins des commencements auxquels nous unissaient des liens si étroits.

[non dit: Mais on imagine sans peine tout ce qui advint: extension des bâtiments, développement des sections avec l'accroissement de la population scolaire, et, conjointement, importance accrue du corps enseignant.

Mention spéciale pour le Père Greuse, maître d'œuvre d'aménagement et de constructions nouvelles, organisateur des fancy-fairs (on se souvient de la première avec son cabaret italien et son chanteur napolitain…)

C'est ici qu'il faudrait examiner l'enseignement comme tel: l'éducation conçue dans sa singularité, les activités parascolaires, les relations bientôt avec les anciens élèves (cette population de saint-Michel hors-les-murs, relations suivies avec les parents, avec les autres établissements, avec les grandes écoles, avec la Fédération de l'Enseignement Catholique, avec le Ministère de l'Education nationale, avec la Commission d'Homologation, avec le P.M.S., …

En premier, nous ne pouvons oublier qu'aux origines une famille ne consentit à se dessaisir du Chapois qu'en vue de la fonction bien définie que s'assignait notre Congrégation.]

Je pense au premier Président du Comité des parents, Monsieur Simon Mayence, juge de son état, tellement confiant en notre avenir alors qu'il n'en aura connu que les prémisses. (Nous adressons un signe affectueux à Madame).

Son successeur, Monsieur Jules Humblet, substitut, plus tard procureur du roi, présida pendant quelque vingt ans le même comité; lequel bénéficia du service fraternel et désintéressé de si longues années, c'était Monsieur Charles Wanufel, en secrétaire qu'il était.

[non dit: Notre amitié y était pour quelque chose: dès qu'il me disait son intention de démissionner, j'arrivais à le retenir. En fait, nous sommes sortis de charge ensemble, en 1982, avec le Père Collard, celui-ci en tant que secrétaire fut un assistant hors pair pour un directeur. Il n'aimait pas que je parle, même en plaisantant, de direction assistée et pourtant! Notre département de l'Administration lui doit énormément.

Je me tourne aussi avec reconnaissance vers Charles Wanufel, si longtemps secrétaire du Comité des Parents, dans un service fraternel et désintéressé.

Avec une autre équipe, son président Monsieur Louis Deschamps, assurerait la continuité de ce même comité.]

Lors de l'érection de la statue du Père d'Alzon, le 8 décembre 1955, les ministres Jean Duvieusart et Oscar Behogne nous honoraient de leur présence. Et vous pensez qu'elle était significative dans le contexte d'alors.

La suite est aisée à parcourir: extension des bâtiments, développement des sections, accroissement de la population scolaire et, conjointement, importance accrue du corps enseignant.

Il faudrait examiner ici l'enseignement comme tel, l'éducation conçue dans sa singularité, les activités parascolaires, les relations avec les anciens élèves, avec les parents, avec les autres établissements, avec les grandes écoles, avec la fédération de l'enseignement catholique, avec le ministère de l'éducation, avec la commission d'homologation, avec le PMS. Nous avons eu des relations privilégiées aussi avec les Soeurs de la Providence.

Madame Adhémar Demanet était parmi nous, il y a 25 ans. Si l'on songe qu'un pavillon porte le nom de son mari, on voudra bien se souvenir qu'elle et les siens ont apporté au Collège naissant plus qu'une participation symbolique…

Parmi tant de personnes qui nous firent confiance dès le départ, comment ne pas remercier les directeurs d'écoles dont le soutien fidèle nous encourageait: le Frère François, Directeur de la place Bertaux; M.M. Danneau, Wauquaire, Deckx et Germain.

Je revois aussi les premiers Comités d'Anciens avec Jean-Pol Spaute, Christian Lepage, Pierre Jandrain, Roland Tréfois avec Alain Damay et Roland Huygens, Jean-Pol Jouniaux et les autres comme Joseph Godeau, Pierre Lampe, Philippe Lorsignol…

Je revois ces religieux que je citais tout à l'heure: avec des laïcs dévoués; ils secondaient l'économe dans des tâches rudes, souvent obscures: Albert Bousman d'abord, Jacques Barbarin plus tard…

[non dit: Artisans, avec des parents et des professeurs des premières fancy-fairs du Muguet, des soirées valaisannes… Jules Antoine, à l'accueil, comme bénévole.

Ces activités se déployaient en même temps que d'autres, dans des registres différents mais qui visaient toujours à la promotion du Collège. Ce que nous appelions pour le plaisir des mots: les grandes conférences du Chapois, avec à l'affiche: Jean Duvieusart retour de Chine.

François Persoons et les mutations de la société, Henry van Lier et les "humanités du XXè siècle", Pierre Delooz: "Pourquoi nos enfants nous échappent?"

Nous n'étions pas peu fiers du Ciné-club animé par Jean Dujardin et d'autres professeurs… Pareillement de l'animation théâtrale dont le répertoire était surtout contemporain…

Le sport aussi était à l'honneur: cross inter-écoles, football… Faut-il rappeler qu'une année nos trois équipes championnes du tournoi wallon de l'enseignement libre s'étaient donc qualifiées pour rencontrer à Malines les formations victorieuses de la région flamande…]

Et bien sûr, je revois très bien ces professeurs qui commencèrent ou poursuivirent ici leur carrière, des maîtres qui ont fait autorité par leurs compétences et leur conscience professionnelle.

J'évoque des disparus: Jacques Brogniaux, les PP. Penning et Tallier. Je pense à nos élèves qui ont disparu tragiquement: Marcel Fayt, André Honin, Alain Jayé, Alain Calicis, Christian Collet et quelques temps plus tard son frère Thierry.

Le Père Lafontaine a fini, lui aussi, par rendre les armes après quelque quatorze années de service. C'était le 7 juin 1969. Il avait 45 ans.

Lors de ce deuil ressenti par beaucoup, se multiplièrent d'innombrables témoignages.

Nul ne s'étonnera que je redise ici la réaction de la baronne Michel Drion du Chapois: "Le Père Lafontaine a été pour nous plus qu'un collaborateur: Infatigable, il faisait sienne une œuvre qui lui tenait à cœur autant qu'à nous. Son dynamisme, sa clairvoyance, sa bonté nous le rendait cher; et c'est pourquoi nous aurions voulu nous joindre à vous pour cet hommage rendu à sa mémoire."

Je retiens encore ces mots de Monsieur Humblet: "Il n'assumait pas la fonction de Directeur du Collège Saint-Michel: il la vivait, intensément, totalement, jour et nuit; elle était sa raison d'être."

***

J'aime regarder notre logo; il date des années soixante et avait comme concepteur un artiste: Raymond Jacobs (mort maintenant). De ce que nous souhaitions, il a fait un emblème.

Très stylisée, vous retrouvez la tour crénelée qui fait référence à la tour de Gosselies, au château.

Et l'on peut lire immédiatement le "S" et le "M", sigle de saint-Michel. Un jambage du "M" s'allonge en fer de lance (on sait pourquoi) [non dit:sans autre rattachement au dragon invisible], l'autre repose sur le "S" formé de deux livres superposés reconnaissables à leurs tranches, pour suggérer, bien entendu, la vie studieuse menée dans nos murs.

[non dit: On le retrouve encore aujourd'hui en couverture des numéros spéciaux de notre bulletin de liaison dont le titre "Relais" -pour ne rien vous cacher- m'a été soufflé par le Père Timmermans.]

Cet emblême fait titre sur le premier volet d'un dépliant, prospectus en couleur des années '70.

Outre les vues aériennes et les photos qui révèlent le bel environnement, il importe de lire quelques déclarations non équivoques, comme : "Un Collège ouvert sur tous les horizons de l'homme et du chrétien". Pas moins.

Ou encore: "Toi qui sors de l'enfance et aspires à une vie plus responsable, tu pourras, dans ce milieu, assimiler les acquis du passé et du présent pour mieux entrer dans le monde de demain." (On n'avait pas peur des formules, vous voyez !). Enfin « Le Collège t'aidera à découvrir le monde dans un regard à la fois ouvert et critique en te proposant: Conférence, théâtre, cinéma, expositions, cercles, voyages d'études, sports » (on sait qu'ils ont été à l'honneur, ici)

[non dit: Clubs, camps de vacances ou de services, le Mouvement Compagnons, des sports équilibrants (avec des champions dans diverses disciplines!)

Cercle scientifique, cercle littéraire, cercle musical couronnant tout cela, sans tapage, sans racolage, vient l'animation spirituelle ou, si l'on veut, un accompagnement sur les chemins de l'Evangile avec le Père Tallier et les co-responsables: P.P. Maréchal, Denis, Frère Maxime (Jean Forget).]

Un Projet éducatif ne peut se proposer d'aider à la formation d'un citoyen lambda, comme on dirait aujourd'hui, et ne peut se résoudre aussi à n'y engendrer qu'un "uomo qualunque" (comme se définissait un parti de l'immédiat après-guerre en Italie post-fasciste).

"A la fin de cette réflexion, il serait souhaitable que nous nous laissions interpeller au niveau de la pastorale par les réalités actuelles que vivent quotidiennement nos écoles.

Je viens de lire un paragraphe de novembre 1975. C'était pour conclure une journée de coordination qui avait pour sujet «Communauté scolaire, Communauté de foi ?». Et la conclusion dernière est celle-ci:

«Aurons-nous le courage de nous rendre à l'évidence qu'au-delà de notre sentiment et de notre nostalgie, cette école de nos quinze ans et de nos vingt ans a bel et bien vécu. Une nouvelle école est en train de naître, difficilement peut être, mais sûrement lorsqu'elle se donne pour mission d'amener les jeunes à l'état adulte dans le respect de leur personnalité, et de les mettre à même de jouer un rôle pleinement humain dans la société pluraliste en évolution permanente et rapide.»

En 1969, on avait pu voir la création d'un "conseil de direction" qui instaurait un type de participation. Ce n'était pas exigé immédiatement par le vécu du Collège, mais il fallait prévoir les retombées de mai 68 qui furent un peu tardives chez nous.

[non dit:

L'enseignement d'autres conseils; dans un échelonnement raisonnable qui n'avait rien d'artificiel:

c. d'internat, c. des études, c. des élèves, c. des parents, c. d'éducation et de discipline, C. d'animation spirituelle.

Il y aurait tant de choses à dire encore! Par exemple, tenez: ]

Sans remplacer le cours de religion, des professeurs de terminales (à commencer par le Père Lafontaine qui avait pris ça en charge) étaient soucieux de mettre les données de la foi en regard des grands courants d'idées contemporains… Ca s'intitulait, je l'ai bien retenu, si j'ai bien noté ce que disait dans ses préparations le Père Jallet: «Approche de la pensée contemporaine sur l'homme. Langage de la Foi sur l'homme.» J'aime bien de le redire ici.

Je me souviens d'un ancien qui se trouvait en faculté, en 1ère candidature romane et qui découvrait à sa grande surprise qu'il était le seul à avoir eu une approche de Kirkegaard. Parce que c'était au cours de religion, comme il a été donné par le maître dont je viens de parler. C'était en 1965.

Ont succédé au Père Lafontaine, le Père Waterkyn d'abord, ensuite les P.P. Baijot et Jallet, tous deux par ailleurs maîtres en philosophie.

[non dit: Beaucoup d'anciens le savent, on ne pouvait cantonner le Père Jallet dans la seule fonction de Préfet de discipline et d'éducation! Au vrai, dès 1965, le Père Lafontaine signalait que le Père Jallet assurait un cours de philosophie pour les élèves de Premières qui le souhaitaient]

Plus modestement, tel professeur de littérature s'employait à rencontrer parmi les auteurs contemporains, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas, visant ainsi à une confrontation qui permettait de se faire une opinion et de se positionner.

[non dit: Je me rappelle deux élèves de fin d'humanités. L'un avait écrit sur le tableau de la classe: "Dieu est mort." Le lendemain, l'autre avait ajouté, d'une craie colorée, " et il est ressuscité"!

Ce disant nous n'avions pas la naïveté de nous croire originaux ou seuls à innover…Bref, nous n'étions pas à la traîne.

Il faudrait ici produire les témoignages de professeurs de Mathématique, de Sciences, de Langues, mais je me garderai de me substituer à eux (considérant qu'il leur est loisible de s'exprimer hors séance académique; les moyens de communication ne manquent pas).

Que je vous dise encore: comme on s'était initié à la grammaire du cinéma, de même on se forma au langage télévisuel au cours de petites sessions organisées par le jeune abbé Pirard avec le concours de responsables de la R.T.B. C'était au temps ou le prime-time offrait surtout des programmes de belle tenue. C'est plus tard, en effet, qu'on entendra aux heures de grande écoute les confessions les plus intimes devant des millions de personnes. Alors qu'on n'entrerait pour rien au monde dans l'isoloir: je veux dire… le confessionnal!

Mais il est des changements, des mutations qui peuvent malgré tout générer des reconversions (douloureuses parfois!).

Soyons clairs et sincères: nous sommes passés à l'Enseignement Général de type 1, non sans réticence. Moi-même, je pensais qu'on aurait pu faire l'économie d'un nouveau système. Je reconnaissais, bien sûr, qu'un élève du secondaire traditionnel en savait plus sur le rôle d'un archonte à Athènes ou sur la portée d'un senatus consulte à Rome, alors qu'il ne savait pas grand-chose sur le rôle d'un échevin en Conseil Communal (à moins qu'un professeur d'Histoire se permette des ex-cursus…) Je me disais en même temps: c'est bien qu'au 1er degré apparaisse un cours de technologie pour favoriser une association de l'intelligence et de la main. (Et pour être sérieux, nous nous sommes dotés des équipements nécessaires qui n'avaient rien à voir avec d'aimables bricolages…) Il est sûr que pour certains élèves c'était le moyen de se découvrir d'autres aptitudes…

Pour en finir avec ce "conspectus historicus", j'aimerais évoquer le passage à la "Mathématique" où tant de professeurs ont dû revoir leurs méthodes. Heureusement, à Saint-Michel, tous étaient jeunes et capables d'adaptation. Mais pour quelqu'un tenu de s'y engager après 25 ans de carrière, on comprend que la transition ne pouvait être commode.

Je ne me permettrai pas d'aller au-delà du premier quart de siècle.

Ces derniers 25 ans ont été initiés ou poursuivis par le Père Malet, foudroyé après 2 ans d'"exercice". Quelle secousse!

En attendant son successeur, le Père Pirlot, le Père Charon s'est impliqué temporairement. Le cardinal Danneels souhaitait garder encore le porte-parole des évêques parce que le Père Pirlot en était à préparer la venue de Jean-Paul II en Belgique.

Entré en charge en 1985, le Père Pirlot tint le gouvernail jusqu'en 1997.

Monsieur Jacques Soudron avait accepté la charge de Directeur pour deux ans. C'est ainsi qu'en 1998, Monsieur Michel Malherbe prit la succession jusqu'à la fin de l'année scolaire 2004-2005.

Aujourd'hui Madame Biesiaga est à la barre. Commence avec elle une nouvelle traversée. Pas seulement une croisière d'agrément, même si l'on est parfois payé de ses efforts.

Si l'on garde le cap, si l'on connaît des avancées, il faut savoir essuyer les coups de vent, les grains qui vous secouent, le calme plat aussi quand on s'immobilise comme un voilier dans la bonasse, en panne, toutes voiles pendantes, en attente d'un nouveau souffle. C'est votre lot, Madame (j'ai failli dire madame le Proviseur!).

Madame Biesiaga: naviguer dans la durée, en sachant que le port est toujours au-delà de l'horizon. En avant toute!

Et que l'équipage fasse corps avec vous, pour que le Collège joue son rôle dans la société dans une fidélité à l'inspiration fondatrice de l'école, une fidélité créatrice. En voyant le pluralisme lui-même comme une chance de mettre en dialogue des femmes et des hommes, croyants, moins croyants, et de les associer à un même projet d'inspiration chrétienne.

Permettez-moi une référence: que le SEGEC, lors de son université d'été 2005, déclare que l'acte éducatif n'est jamais si bien posé que que quand il s'adosse à des convictions riches qui ne doivent pas craindre d'être logées de débats internes; nous croyons volontiers sans nous flatter, que nous pouvons nous reconnaître dans ce type d'attitude, parce qu'il a été nôtre, il y a plus de 25 ans.

Je cite Michel Frère. «L'école libre, parce qu'elle remplit une mission de service public, puise dans ses références à l'Evangile et dans la tradition humaniste et chrétienne l'inspiration qui la fait vivre et qui lui permet de développer ses projets». Mais elle remplit aussi une mission de service public et donc ouverte à tous, respectueuse du chemin de chacun.

Jamais, ici, il n'a été demandé une profession de foi à un élève sortant du secondaire. Mais pour autant, on n'échappe pas à la question de l'identité de l'école catholique, et celle-ci se pose avec d'autant plus d'acuité que l'on constate que nos écoles catholiques sont choisies par beaucoup de parents; mais que les parents, les élèves et les enseignants n'ont pas tous la même relation avec l'Eglise et la foi chrétienne. Il y a ainsi un pluralisme interne des écoles catholiques.

Celles-ci transmettent un savoir, des connaissances. Mais de plus en plus, maintenant, parce qu'il y a un écart qui se creuse toujours entre les parents et les enfants aujourd'hui, les écoles doivent affronter le défi de l'éducation des élèves aux savoirs-vivre, aux savoirs-être, et n'ayons pas peur du mot, à la morale.

Comment elles apprennent non seulement à savoir mais aussi à être ?

Leur vocation, c'est de transmettre: nous sommes des passeurs de valeurs. Mais nous le faisions toujours à partir de la foi au Christ. Les valeurs que nous transmettions peuvent être inspirées de l'intérieur par celui qui nous a montré comment les vivre.

[non dit: Non seulement, il nous demande de l'imiter, mais il nous en donne le sens: il s'agit d'un chemin qui mène à Dieu.

En cette période de flottement, de changements rapides, les jeunes ont besoin d'entendre le sens de ce qu'on leur transmet.

Le Père d'Alzon allait jusqu'à dire: "Vous aurez à apprendre aux jeunes à former leur conduite sur le modèle de Jésus Christ, à voir, à juger, à agir comme Jésus Christ, car s'il habite dans nos cœurs par la foi, il doit être notre premier moteur."

Il faut faire comprendre qu'en réalité le Christianisme est très simple et par conséquent très riche. De Dieu, il est le visage humain.

A traverser les quêtes de sens chez tant de nos semblables en ces temps-ci, ne craignons pas de faire retour vers ces temps -là où un doux illuminé prêchait les Béatitudes dans les collines de Galilée.

Beaucoup, il est vrai, se demandent comment un monde habitué à apprécier la vérité de la vie à l'échelle des seules valeurs temporelles du fric, de la surexcitation de ses envies par la pub et le reste, oui, beaucoup se demandent s'il est encore possible de prêter l'oreille au Sermon sur la montagne. Cette "Bonne Nouvelle" communiquée par un maître qui non seulement est lui-même humble, faible et pauvre mais exhorte tout ce monde et un chacun à plus d'humanité, à la paix, à la pauvreté. Il dépend de chacun de nous que s'élargisse l'audience de cette parole transmise de génération en génération.

A nous de reprendre le flambeau, certains de ne pas oser en vain.]

Est-ce que, dans les commencements de son histoire, l'Eglise n'apparaît pas un peu comme dérisoire au sein du monde méditerranéen bien peu disposé à recevoir le message de son fondateur ?

Alors, pourquoi baisser les bras ?

J'aime bien le mot du Père Lebois [non dit: que d'aucuns trouveront sommaire mais qui ne triche pas avec la réalité.]

Il disait: "L'histoire de l'Eglise est une série d'échecs. Le miracle, c'est que la série continue."

C'est un peu sommaire, vous me direz, mais enfin le monde d'aujourd'hui peut encore entendre le message de celui qui s'est abaissé au niveau de l'humanité infirme et souffrante, qui a pris le parti de tous les réfractaires à l'hypocrisie et à l'injustice, qui a inspiré des sentiments de bonté et d'amour aux cœurs ulcérés, qui est allé à la rencontre des hommes ivres de progrès, informés de tout, pourvus de tout, capables de tout, mais dans l'ignorance aux sujets des raisons suprêmes de la vie. Ne s'est-il pas donné, celui-là qui fait honneur à notre espèce, Lui le fils de Dieu, comme "le chemin, la vérité et la vie ?"

Les disciples du Christ de Nazareth ne réclament pas de son frère non croyant une profession de foi mais qu'il accepte ses invitations du Seigneur dans leurs valeurs humaines positives recevables par tous. Aussi bien, je crois que nul civilisé ne pourrait récuser comme non avenu, sans se renier lui-même, la consigne adressée à tous les hommes de bonne volonté: "Aimez-vous les uns les autres ?"

[non dit: En quoi cette formule encourageante est-elle nouvelle? Nous la retrouvons dans presque toutes les religions! L'amour n'est-il pas en effet, le bien naturel qui harmonise progressivement les rapports humains? Qu'est-il besoin d'un faire une recommandation ?

Moïse avait déjà forgé la formule dont Jésus se servira: "Tu aimeras ton prochain comme toi-même." Expression heureuse pour traduire cet équilibre et ce compromis qui s'établissent entre les hommes à la faveur des expériences personnelles. Aimons-nous d'abord nous-mêmes, c'est évident.

"Faites aux autres ce que vous voulez qu'ils fassent pour vous", renchérissait Jésus de Nazareth. Notre souffrance nous fait recouvrir et respecter celles des autres. Une bonne sagesse élémentaire amène les esprits les moins raffinés à trouver par eux-mêmes: ces vérités de bon sens. On ne voit pas de prime abord ce que le Chrit introduit de neuf ?

Écoutons-le encore. Nous allons comprendre: "On vous a dit: "Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi". Eh bien, moi, je vous dis:"Aimez-vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent."

Voilà qui est bien contraire à nos conduites spontanées! Mais elle est là l'originalité du Christianisme. Et c'est une exclusivité dé Jésus. Elle peut assurer cette qualité de vie tant recherchée de nos jours.

Tel est mon Credo.

Ceci n'est donc pas un testament. Vous l'avez compris: c'est un témoignage à partir d'un vécu partagé avec d'autres, dans une période donnée. Tout simplement.

Avec moult frères et sœurs en l'Assomption, je me range aux côtés du Père d'Alzon que Jésus, sa Mère et l'Eglise ont inspiré tout au long d'une existence sans éclipse. La statue du Fondateur au milieu de la cour nous est familière avec son geste impérieux (qui fait d'abord penser, disent les potaches à un geste de renvoi). C'est un envoi. Il désigne l'avenir, l'ouverture au monde, au-delà du Chapois, de Gosselies et de sa région, vers tous les horizons de l'homme et du Chrétien.

Fasse le ciel que cet avenir soit à la mesure de notre hardiesse, de notre générosité et de notre désintéressement.]

J'ajoute un mot: Tout discours est fatigant, dit le livre de l'Ecclésiaste: "Tout discours est fatigant… on ne peut jamais tout dire!". Je n'ai pas tout dit, bien qu'ayant été long.

Naturellement notre jeune âge n'a guère de proportion au regard d'un millénaire, au regard de 175 ans de la Belgique, mais nous faisons partie de ceux qui croient, vraiment, que la terre peut devenir plus fraternelle encore, plus habitable. Et c'est en cela que nous entendons bien répondre aux consignes dynamiques de notre fondateur Emmanuel d'Alzon. Sa statue, au milieu de la cour d'honneur, nous est familière avec son geste impérieux. Il fait d'abord penser (ce sont les potaches qui disent ça) à un geste de renvoi. En fait, il désigne l'avenir, l'ouverture au monde, au-delà du Chapois, au-delà de Gosselies et de sa région, vers tous les horizons de l'homme ...

Fasse le ciel que cet avenir soit à la mesure de notre hardiesse, de notre générosité et de notre désintéressement.

Comme disait un prédicateur portugais: "Pardonnez-moi, je n'ai pas eu le temps de faire court!"

La prochaine fois, dans 25 ans, ce sera un autre ou une autre.

Merci de votre patience.

Séance académique,
Ouverture du Jubilé du Collège: 1955-2005.
Fernand Ledoux


Monsieur Etienne Michel,  directeur général du Secrétariat Général de l'Enseignement Catholique:  

051001 etiennemichel

Mesdames, Mesdemoiselles,  Messieurs

Michel MALHERBE et Véronique BIESAGA m’ont invité à prendre la parole devant vous sur le thème de l’avenir de l’enseignement catholique. Je les en remercie, ainsi que celles et ceux qui ont pris l’initiative d’organiser les festivités à l’occasion de l’année jubilaire du Collège Saint Michel à Gosselies.

Une telle fête est toujours l’occasion d’entretenir le souvenir, de cultiver une mémoire, de faire écho à un passé que l’on sait révolu. Mais ce peut aussi être l’occasion de réfléchir à frais nouveaux sur les mutations qui, en traversant la société, ont aussi traversé l’école. La mémoire du passé peut alors être lue comme la mémoire d’une transformation, mémoire de ce qui est permanent et mémoire de ce qui évolue. Les hasards du calendrier de ces derniers jours nous rappellent, si besoin en était, dans quel mouvement, dans quelle tradition le collège est né et s’est développé. Il y a 10 jours, nous avons fêté les 150 ans du Collège Saint François Xavier de Verviers, et il y a deux jours, le centenaire du Collège Saint Michel à Bruxelles.

Si comme les humanistes de la Renaissance, nous pensons que l’innovation ne peut se construire que dans un rapport à la tradition, alors la mémoire du passé pourra, par une alchimie toute particulière, se transformer en une précieuse mémoire pour l’avenir.

A l’occasion du congrès que l’enseignement catholique a tenu en 2002, trois grands défis ont été identifiés pour l’avenir : ces grands défis, que je vous présente à l’instant, nous guident aujourd’hui dans nos réflexions et nos actions.

Le premier est celui du sens, celui de la pertinence de la tradition chrétienne dans l’acte d’éduquer. Et la réponse à cette question dépend très profondément du diagnostic que nous portons sur la situation culturelle de nos contemporains, du regard et de l’analyse que nous portons sur la société moderne. Ce que nous avons mieux compris dans cette réflexion c’est qu’il existe un lien très profond entre le sens de l’école catholique et le sens de l’école tout court. Non bien sûr, que seul l’enseignement catholique soit porteur de sens, mais parce que, dans une époque où le sens de l’école est quotidiennement interrogé, et d’abord par les élèves eux-mêmes, il existe dans la tradition chrétienne de l’éducation des ressources pour penser les questions dans un contexte en profonde mutation. Nous avons alors construit notre réflexion à partir de quatre grands scénarios empruntés à un professeur de la KUL pour penser l’avenir de la référence chrétienne de son université :

- le premier scénario est celui de la sécularisation institutionnelle : dans ce scénario, que nous n’avons pas retenu, l’institution cesse de se référer explicitement au christianisme et cesse littéralement d’être chrétien ;

- le second scénario est celui de la reconfessionnalisation institutionnelle : dans cette hypothèse, l’institution se recentre sur son identité confessionnelle sans considération pour le pluralisme réel qui s’est développé à l’intérieur des écoles. C’est le scénario, que nous n’avons pas retenu non plus, d’un enseignement catholique, par des catholiques et pour des catholiques.

  • le troisième scénario est celui de la réduction de la référence chrétienne aux valeurs. Dans cette hypothèse, on ne conserve, en réalité, de l’attitude chrétienne que ce que tout le monde peut en accepter : la référence à la dignité de la personne humaine, le respect du prochain. Nous n’avons pas non plus retenu ce scénario pour penser le sens de l’école catholique même si ces valeurs nous font vivre et qu’elles sont très fortes ;

  • nous avons retenu un quatrième scénario qui est celui qui vise à mobiliser la référence à la tradition chrétienne au service de la formation de l’identité des élèves dans un contrat de pluralité des conditions.

Dans cette perspective, les références fondatrices méritent toujours d’être réinterrogées. On ne naît pas homme, mais on le devient, dans un travail sur soi, en relation avec autrui et par l’intermédiaire de la culture et de ses symboles. Dans ce travail-là, nul doute qu’une place de choix doive être réservée à la tradition chrétienne qui, à côté d’autres traditions comme celle des lumières, est à la source de notre conception de l’homme et de son rapport au monde.

Et dans le champ de l’éducation elle-même, quelques difficiles questions méritent d’être progressivement reprises, comme la manière d’articuler la référence à la liberté mais aussi à l’autorité, la référence à l’individu, mais aussi à la société, la référence à l’autonomie de l’enfant, à ses aspirations propres et spontanées, mais aussi la référence à la culture dans laquelle il est appelé à trouver des repères qui lui sont au départ, relativement extérieurs. L’enfance elle-même, cet âge merveilleux que nous valorisons tant, n’est qu’une étape, une transition vers l’âge adulte qui doit aussi être valorisé, perçu comme une sorte de point d’aboutissement désirable : il y va du sens même de l’acte d’éduquer dont le propre est, précisément, de conduire de l’enfance vers l’âge adulte.

Le deuxième défi est celui de la contribution de l’enseignement catholique

à un enseignement plus juste et plus efficace. La question la plus préoccupante est que, en Communauté française, environ 30 % des adolescents n’acquièrent pas la maîtrise de la lecture et du français qui leur permette de construire ensuite des compétences solides dans d’autres disciplines. Les enquêtes internationales nous apprennent que ce pourcentage est exceptionnellement élevé. Dans les pays ou régions comparables, ces difficultés ne concernent qu’environ 18 % des adolescents, et on sait par ailleurs que les mutations rapides du monde du travail et de ses exigences confèrent à ce problème une dimension sociale inédite. Ce qui se joue, c’est l’intégration dans la société de 30 % des jeunes.

L’opinion publique elle-même a pris conscience de l’ampleur du problème

et attend qu’une évolution intervienne. C’est dire si demain l’enseignement catholique, au même titre que les autres réseaux d’enseignement, verra sa légitimité aux yeux de l’opinion et des autorités de plus en plus liée à sa capacité effective à améliorer la qualité et l’efficacité de l’enseignement.

Vous le savez, ces questions font l’objet de débats difficiles et souvent contradictoires comme ce fut le cas dans les délibérations relatives au contrat pour l’école. L’optique que nous défendons tout comme les grandes idées que nous développons dans les concertations concrètes auxquelles nous invite le gouvernement quand il prépare de nouveaux projets sur l’évaluation, la réforme de l’inspection, la fonction des enseignants, le statut des directeurs ou les besoins scolaires.

1re idée : Valoriser l’autonomie et le professionnalisme des acteurs et introduire une nouvelle culture de responsabilité. Chacun, suivant son rôle, a sans doute des comptes à rendre, mais alors, chacun doit aussi disposer d’une liberté suffisante de méthode et avoir à sa disposition les outils d’analyse et d’évaluation des résultats de son action.

2e idée : Reconsidérer le rôle de l’Etat et le recentrer sur sa fonction propre qui est la régulation, c'est-à-dire renoncer à définir de manière trop détaillée les processus à mettre en œuvre, définir des objectifs d’équité et d’efficacité à atteindre par les acteurs individuels et collectifs et enfin évaluer la mesure dans laquelle ces objectifs sont atteints.

3e idée : Inciter le réseau à promouvoir la solidarité et la responsabilité partagée entre les pouvoirs organisateurs par une bonne organisation de l’offre d’enseignement , par la mise en commun de certaines ressources matérielles et financières et par l’organisation collectives de certaines fonctions administratives.

A cet égard, vous le savez, l’amélioration programmée de l’assistance administrative au bénéfice des écoles fondamentales constitue pour nous une priorité tout comme le suivi permanent des conditions matérielles dans lesquelles les pouvoirs organisateurs développent leurs actions et, en particulier, le suivi des subventions de fonctionnement, les répercussions de chocs économiques comme l’augmentation du prix du mazout et les modalités de financement des bâtiments scolaires.

Le troisième défi que nous avions identifié est celui de la légitimité. Le SeGEC a, sous la direction du Chanoine BEAUDUIN, mené à bien une importante réforme de ses statuts. On en perçoit aujourd’hui les résultats concrets que nous devons consolider. En fondant le « nouveau SeGEC » sur le principe de la représentation des pouvoirs organisateurs, au travers des CODIEC et de l’AG du SeGEC, nous avons opéré une mutation importante qui situe bien ce que nous essayons de faire, assurer, d’une part, la représentation des PO auprès des autorités politiques et, d’autre part, organiser à leur intention et à celle des établissements, différents services destinés à les aider dans l’exercice de leurs missions. A cet égard, comme l’on fait les fondateurs du siècle dernier, il nous revient à chacun dans nos responsabilités de nous interroger sur notre époque et sur l’adaptation de notre mission et de notre organisation. Je suis sûr que le jubilé du Collège Saint Michel sera aussi pour vous l’occasion d’une telle réflexion.

Je vous la souhaite féconde sans oublier de vous souhaiter d’abord un très heureux anniversaire.

Etienne MICHEL
Directeur général du SeGEC
30.09.2004


Madame Véronique Biesiaga, ancien professeur et directrice: 

051001 veroniquebiesiaga

Gosselies, le 1er octobre 2005

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Chers amis,

Pour la toute nouvelle directrice du collège que je suis,  voir tant de beau monde rassemblé est à la fois très impressionnant et très encourageant.

Toutes et tous nous sommes ici aujourd’hui car le collège tient une place particulière dans nos cœurs et dans nos vies; nous y sommes liés, attachés pour des raisons diverses, certains depuis 50 ans déjà.

En effet, le Collège Saint Michel du Chapois, c’est bien plus que des bâtiments, bien plus qu’un site exceptionnel au nord de Charleroi, bien plus même qu’un endroit où nos jeunes acquièrent des compétences, des savoirs, des savoir-faire.

C’est une communauté de vie ; le Collège Saint-Michel, c’est nous : élèves,  parents,  anciens élèves, anciens membres du personnel,  amis, pouvoir organisateur, professeurs, éducateurs, personnel ouvrier et administratif,  direction, …

 Nous disposons d’ énormément  d’ atouts au sein de l’établissement :

- nos élèves sont réceptifs, soucieux de leur avenir et ouverts au dialogue
- la beauté et l’espace de notre cadre nous permet d’éviter certains conflits
- nous pouvons compter sur des parents partenaires dans l’éducation de leurs enfants
- nous pouvons également compter sur notre pouvoir organisateur, présent sur le terrain et soucieux du bien de l’institution
- nous avons le soutien chaleureux de la communauté assomptionniste
- enfin, chacun des membres du personnel croit en son métier et  désire bien faire.

Bien sûr, nous rencontrons aussi des obstacles, des difficultés, des échecs parfois ; ceux-ci sont inhérents à la vie et nous ne manquons pas, comme nous le professons à nos élèves d’apprendre de nos erreurs.


La mission de l’école à laquelle on pense naturellement c’est, bien sûr, d’enseigner, et enseigner, implique éduquer. Nous dépendons d’ailleurs du Ministère de l’éducation.

Mais qu’est-ce qu’éduquer ?
Selon les dictionnaires étymologiques, deux verbes latins ont pour première personne de l’indicatif présent ‘EDUCO’. D’une part, ‘Educare’ qui signifie ‘nourrir, instruire’ ; et d’autre part  ‘e-ducere’ qui signifie ‘conduire hors de’.

L’antique tradition chinoise, nous raconte,elle,  de façon poétique, que le but ultime de l’éducation est de donner à nos enfants à la fois des racines et des ailes. 

Oui, nos jeunes ont besoin de racines solides, ils ont besoin de connaissances solides, sur lesquelles ils pourront s’appuyer ; ils ont besoin d’apprendre à utiliser ces connaissances au mieux.

Depuis 50 ans, nous voulons, au collège leur transmettre ces savoirs, savoirs faire et compétences avec rigueur.

Les racines de nos élèves, ce sont aussi les valeurs chrétiennes que nous voulons leur transmettre, non en leur bassinant les oreilles mais en les vivant ensemble : respect, tolérance, franchise, humilité, confiance, ouverture à l’autre, ...

Saint Paul, dans l’épître aux Corinthiens, texte auquel je tiens particulièrement car  nous l’ avions choisi mon époux et moi lors de notre mariage, Saint-Paul donc dit (je cite) : «  … J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n'ai pas la charité, s'il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, … J’ aurais beau … avoir toute la science des mystères et la connaissance de Dieu, …. s’il me manque l’amour, je ne suis rien » (fin de citation)

Ancrés donc dans la vie par les compétences acquises et les valeurs transmises, nos jeunes peuvent alors s’envoler. Notre ambition est qu’ ainsi solidifiés ils puissent alors aller ‘hors d’eux-mêmes’, se dépasser,  qu’ils puissent se sentir légers et déployer leurs ailes.

Notre ambition est qu’ils deviennent des citoyens bien dans leur peau, actifs, à l’intelligence ouverte et critique, soucieux des autres et du bien dans le monde de demain. Notre ambition est de leur donner à la fois des racines et des ailes.

Puiser dans la tradition, fêter un anniversaire, ce n’est donc pas être nostalgique ni passéiste ; c’est puiser dans ses racines nourriture et force pour s’envoler, pour poursuivre la route.

50 ans de vie c’est à la fois beaucoup et peu. A 50 ans, on peut se baser sur son expérience et si, comme notre collège on a la chance d’être en bonne santé, on a encore beaucoup d’énergie pour aller de l’avant et avoir des projets.

L’avenir de notre collège, nous le construirons en nous inspirant de son histoire.

Nous resterons donc fidèles à notre tradition cinquantenaire d’un enseignement libre chrétien  général de qualité conforme au cadre imposé par la Communauté Française et la Fédération de l’Enseignement Catholique, conforme également au projet d’établissement et à la tradition des Pères de l’Assomption.

En même temps nous ferons face aux nouveaux défis, à une réalité bien différente de celle d’il y a 50 ans. Nous irons de l’avant, nous construirons ensemble notre avenir.

Nous veillerons à préserver et à intensifier dans notre communauté éducative un climat de respect, de dialogue, d’écoute, de participation constructive ; un climat empreint d’humanité chrétienne.

Nous continuerons à encourager la solidarité, l’ouverture sur le monde et sur l’autre,  et la responsabilisation de chacun.
 
Nous tenterons encore d’améliorer l’aide et l’attention portées aux plus petits, à nos élèves plus fragilisés socialement, culturellement, psychologiquement.
 
Nous abordons donc l’avenir avec enthousiasme et confiance.
Le collège Saint-Michel du Chapois a encore de longues et belles années à vivre au service des jeunes d’aujourd’hui et de demain.
 
Ensemble, comme le prônait le père d’Alzon, le fondateur de la Congrégation des Assomptionnistes : ‘allons, soyons hardis, françs, généreux, désintéressés.’

Merci

Véronique Biesiaga


Monsieur Jean-Marie Wiaux, ancien rhétoricien 1962, ancien professeur et administrateur-délégué:

051001 jeanmariewiaux

Gosselies, le 1er octobre 2005

Mesdames, Messieurs,

La séance académique se termine, le moment de conclure et de vous inviter à partager le vin est maintenant arrivé.
Des festivités vont jalonner cette année scolaire ; mais, plus que la fête, ce que nous avons voulu faire, c’est un devoir de mémoire. C’est relire le passé pour éclairer l’avenir.
Si les assomptionnistes se font plus rares, nous souhaitons, à travers notre enseignement, garder le souffle, garder l’esprit qui toujours les anime.
Merci donc à eux pour cet élan d’il y a cinquante ans, merci à ceux qui leur ont permis d’exister et de réaliser un tel parcours. Merci à vous d’être venus partager, avec nous, cette perspective d’avenir à la lumière du passé.

Nous déclarons ouverte l’année du jubilé.
Merci

J.-M. WIAUX
A.D. du P.O.